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lamisse
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MessageSujet: Ecrire   Mer 21 Nov - 14:02

Comme les écrivaines qui me captivent, de Duras à Bouraoui, j’ai cette impression d’avoir grandi trop vite, d’avoir glissé sur l’enfance ou plutôt que l’enfance a glissé sur moi rapidement. Et de là où je suis, du point delta, je regarde mes souvenirs se retirer au large puis revenir parfois vers le rivage, refoulés par un courant de nostalgie. J’ai envie de laisser une trace, de remplir ma boîte noire de tous les accidents de parcours, de passer des heures à construire mes films. Parce que j’ai peur de m’oublier, de devenir au fil des ans étrangère à moi-même, c’est aussi pour colmater les lézardes de ma vie sur mon corps, pour empêcher leurs ramifications de s’étendre, de me déchirer dans cet horrible crissement de fibres qui succombent à une force extérieure. Je suis en manque de cohésion, j’ai l’impression d’avoir été plusieurs personnages au fil des ans, j’ai l’impression qu’il y a eu une diffusion de moi sur plusieurs visages, comme un étalement substantifique, de sorte qu’aujourd’hui je ne sais pas qui je suis. Ecrire serait un moyen détourné de retrouver ma trace, mais c’est aussi le risque de me perdre à nouveau. C’est de là que naissent mes freins, de tout ce qu’implique l’acte d’écriture, je le perçois comme un acte sanglant, une saignée expiatrice, dans l’espérance d’une délivrance temporaire à défaut de guérison. Je me vois comme une ampoule à décanter, les moments les plus intenses se sont réfugiés au bas de mon ventre, au fond, dans la phase la plus dense, alors qu’en surface ne persistent que les inepties, celles qui ne m’aident même pas à me connaître, celles qui collaborent à ma fuite et me servent de camouflage. La séparation est en cours, et je n’ose pas ouvrir le robinet tant que les deux phases ne seront pas totalement épurées de leur ancienne partenaire. Je refuse de me mettre en danger alors que tout m’inspire, parce que j’ai peur de replonger, j’ai à la fois peur du saut et de l’impact. Il est plus facile d’inventer que de se raconter, lorsqu’on invente on cherche ailleurs, on s’évite consciemment ou non, et on repousse l’exploration sur un autre terrain. L’écriture de l’invention n’en est pas moins éreintante, c’est un travail versatile, une oscillation constante entre ce que qui nous parait et notre traitement de l’apparence, les rayons réels culminent ainsi sur un miroir déformant et en sortent méconnaissables. L’invention est un phénomène de réfraction produisant un écho, une émanation timide et secrète, c’est un refus de se révéler, c’est un bouclier contrant la dissection verbale. Mon écriture serait peut-être un compagnon d’exil en mal de dilection, un violeur tentaculaire m’aspirant vers ses délires, me contaminant de sa ferveur enfiévrée, s’inspirant du baiser incestueux déposé amèrement sur tes lèvres assassines.

« Il y a de la sexualité dans l’acte d’écrire, il y a de l’exposition et de l’intime ». Nina Bouraoui, mes mauvaises pensées

« Se trouver dans un trou, au fond d'un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l'écriture vous sauvera. Etre sans sujet aucun de livre, sans aucune idée de livre c'est se trouver, se retrouver, devant un livre. Une immensité vide. Un livre éventuel. Devant rien. Devant comme une écriture vivante et nue, comme terrible, terrible à surmonter. Je crois que la personne qui écrit est sans idée de livre, qu'elle a les mains vides, la tête vide, et qu'elle ne connaît de cette aventure du livre que l'écriture sèche et nue, sans avenir, sans écho, lointaine, avec ses règles d'or, élémentaires : l'orthographe, le sens ».
Marguerite Duras, Ecrire

ps: j'aimerai accompagner ce texte d'une pensée pour nani, ton message m'a touché, même je crois être dans la même optique qu'Ahlem Mosteghenemi -j'écris pour moi, j'écris ce que j'aime et j'écris ce que j'aurais aimé lire- des mots bienveillants comme les tiens font du bien.

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nani
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MessageSujet: le journal intime   Jeu 22 Nov - 6:12

......... et parfois quand je délire, je trouve qu'il existe dans l'acte d'écrire au sens littéraire et artistique une sorte de témoignage de folie générée par une solitude sublime et une incompréhension de la part d'autruit.

s'affranchir de la société, écrire pour soi, rien que pour soi, s'interpeller, s'isoler, se recroqueviller dans un coin de sa vie, se transformer en schizophrène pour écrire ce que l'on veut lire et pourquoi pas pour dire ce que l'on veut entendre; l'écrivain se dédouble lors de sa besogne: est-ce lui la muse??
tel un fou, l'écrivain-artiste a du mal à se situer réellement dans le temps et l'éspace, il fuit le monde palpable et il y vit pourtant. tel un fou, sa vision des choses est atypique et il n'obéit pas aux définitions standards de la foule.

écrire pour soi, graver ses mémoires, immortaliser ses pensées et les garder jalousement, c'est une sorte de folie habillée de timidité, de vanité et d'orgueil, (est-ce celà qu'on appele le replis sur soi meme); l'écriture devient un échapatoir, un refuge... quand nous manquons d'oreilles attentives nous nous retournons vers les notres.
et puis d'abord, pourquoi traiter quelqu'un qui parle tout seul de fou et pas celui qui écrit pour soi? dire et écrire ne sont-ils finalement pas deux verbes qui se valent, n'expriment-ils pas la meme action qui est celle de communiquer. mais avec qui?

il n'existe sur terre un endroit plus merveilleux que ma cellule où je m'isole et me transforme en schizophrène.
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Samir28
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MessageSujet: Re: Ecrire   Jeu 22 Nov - 7:08

lamisse a écrit:
Comme les écrivaines qui me captivent, de Duras à Bouraoui, j’ai cette impression d’avoir grandi trop vite, d’avoir glissé sur l’enfance ou plutôt que l’enfance a glissé sur moi rapidement. Et de là où je suis, du point delta, je regarde mes souvenirs se retirer au large puis revenir parfois vers le rivage, refoulés par un courant de nostalgie. J’ai envie de laisser une trace, de remplir ma boîte noire de tous les accidents de parcours, de passer des heures à construire mes films. Parce que j’ai peur de m’oublier, de devenir au fil des ans étrangère à moi-même, c’est aussi pour colmater les lézardes de ma vie sur mon corps, pour empêcher leurs ramifications de s’étendre, de me déchirer dans cet horrible crissement de fibres qui succombent à une force extérieure. Je suis en manque de cohésion, j’ai l’impression d’avoir été plusieurs personnages au fil des ans, j’ai l’impression qu’il y a eu une diffusion de moi sur plusieurs visages, comme un étalement substantifique, de sorte qu’aujourd’hui je ne sais pas qui je suis. Ecrire serait un moyen détourné de retrouver ma trace, mais c’est aussi le risque de me perdre à nouveau. C’est de là que naissent mes freins, de tout ce qu’implique l’acte d’écriture, je le perçois comme un acte sanglant, une saignée expiatrice, dans l’espérance d’une délivrance temporaire à défaut de guérison. Je me vois comme une ampoule à décanter, les moments les plus intenses se sont réfugiés au bas de mon ventre, au fond, dans la phase la plus dense, alors qu’en surface ne persistent que les inepties, celles qui ne m’aident même pas à me connaître, celles qui collaborent à ma fuite et me servent de camouflage. La séparation est en cours, et je n’ose pas ouvrir le robinet tant que les deux phases ne seront pas totalement épurées de leur ancienne partenaire. Je refuse de me mettre en danger alors que tout m’inspire, parce que j’ai peur de replonger, j’ai à la fois peur du saut et de l’impact. Il est plus facile d’inventer que de se raconter, lorsqu’on invente on cherche ailleurs, on s’évite consciemment ou non, et on repousse l’exploration sur un autre terrain. L’écriture de l’invention n’en est pas moins éreintante, c’est un travail versatile, une oscillation constante entre ce que qui nous parait et notre traitement de l’apparence, les rayons réels culminent ainsi sur un miroir déformant et en sortent méconnaissables. L’invention est un phénomène de réfraction produisant un écho, une émanation timide et secrète, c’est un refus de se révéler, c’est un bouclier contrant la dissection verbale. Mon écriture serait peut-être un compagnon d’exil en mal de dilection, un violeur tentaculaire m’aspirant vers ses délires, me contaminant de sa ferveur enfiévrée, s’inspirant du baiser incestueux déposé amèrement sur tes lèvres assassines.

« Il y a de la sexualité dans l’acte d’écrire, il y a de l’exposition et de l’intime ». Nina Bouraoui, mes mauvaises pensées

« Se trouver dans un trou, au fond d'un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l'écriture vous sauvera. Etre sans sujet aucun de livre, sans aucune idée de livre c'est se trouver, se retrouver, devant un livre. Une immensité vide. Un livre éventuel. Devant rien. Devant comme une écriture vivante et nue, comme terrible, terrible à surmonter. Je crois que la personne qui écrit est sans idée de livre, qu'elle a les mains vides, la tête vide, et qu'elle ne connaît de cette aventure du livre que l'écriture sèche et nue, sans avenir, sans écho, lointaine, avec ses règles d'or, élémentaires : l'orthographe, le sens ».
Marguerite Duras, Ecrire

ps: j'aimerai accompagner ce texte d'une pensée pour nani, ton message m'a touché, même je crois être dans la même optique qu'Ahlem Mosteghenemi -j'écris pour moi, j'écris ce que j'aime et j'écris ce que j'aurais aimé lire- des mots bienveillants comme les tiens font du bien.

je pense que je peux me permettre un petit HS pour applaudir très fort ton écrit lamisse.quel talent!!!
franchement j'en reste Shocked Shocked
dsl si je ne trouve pas les mots de tout ce que j'ai lu dans ma petite vie je trouve que c'est bien le meilleur écrit et de loin
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